Novembre 2014





JACQUES SCHWARZ-BART

Jazz Racine Haïti


Cheval Blanc

Mercredi 3 décembre 20h30









La joie d'être de Jacques Schwarz-Bart


LE MONDE 08.03.2014

Par Francis Marmande


Grand absent du Nouveau Dictionnaire du jazz (Laffont, 2011), Jacques Schwarz-Bart (sax ténor) est une des meilleures nouvelles du jazz au XXIe siècle. Conscience, science, souffle, vie, la leçon des Antilles. Sonorité de messager des dieux, loyauté des rythmes, fureur incandescente, souplesse des mélodies jouées juste, juste la mélodie, capacité physique à rejoindre les sphères, tout concert de Jacques Schwarz-Bart dépasse de loin la musique. Cérémonie ? Oui, mais sans cérémonial. Avec son dernier album consacré aux racines vaudou du jazz, Jazz Racine Haïti (Motéma, Harmonia Mundi), Jacques Schwarz-Bart aggrave son cas.

Alternant incantations, mélopées peinardes, suraigus aylériens, il présente un groupe exceptionnel avec bonne humeur, raconte sa vie, son expérience, patine sur des plaisanteries douteuses, offre cette expérience de joie et de pensée qui dépasse de loin la musique.

Le groupe ? Sensiblement différent de l'album, il réunit la superbe Moonlight Benjamin (chant et danse), le génial celte Alex Tassel au bugle, le divin Stéphane Kerecki à la contrebasse, Claude Saturne aux tambours vaudous (tout une histoire), Arnaud Dolmen (batterie de catégorie). Plus Grégory Privat et sa formidable présence au piano. Soit, sous ce déluge d'adjectifs hélas trop exacts, un mélange des âges, des couleurs, des tempéraments, propre à fonder un groupe à des années-lumière du talent dont on se contente.

VAUDOU PRIS AU PIED DE LA LETTRE

Pourquoi ? Parce que Jacques Schwarz-Bart : Jacques Schwarz-Bart en maître de cérémonie, en agitateur pince sans rire, en meneur de bande, employé corps et âme à la musique, et à faire que la musique sorte de soi. Il peut se faire que les critiques tiquent. Comme si cette célébration des forces du vent, du tonnerre et de la lumière, du visible et de l'invisible, du vaudou pris au pied de la lettre, finissait par égayer.

Simple aboutissement provisoire d'une quête ? Des années de métier à New York, sans pitié pour le nouveau venu, créolophone qui plus est. Travail personnel sur les origines, le son, les formes, pour se rejoindre : Jazz Racine Haïti n'a rien d'une mixture, c'est bien pire. Les chansons vaudous lui viennent de la mère guadeloupéenne, Simone. Avec son meilleur sourire, saluant Simone à distance, Jacques Schwarz-Bart ose dire, à l'aube de la cinquantaine, qu'il est de ceux qui ont la chance de n'avoir pas réglé leur oedipe. Il chante donc sa voix à elle.

Il ne se donne qu'une injonction : « Au lieu des stratégies d'écriture de mes précédents albums, se placer debout face à des chants que la musique charge de mystique, tels quels. Sans les altérer. » En un temps où les artistes se cassent la nénette en studio pour graver une vingtaine de prises de chaque thème, son disque est tricoté de huit « premières prises » et deux « deuxièmes ». En scène, après une Contredanse aux faux airs de placidité furieuse, il ose : « En studio, franchement, ça aurait été une très bonne prise. »

LUXE MÂTINÉ DE DÉCONTRACTION

Où que se produise Jacques Schwarz-Bart, musicien philosophe, fils des écrivains résistants André et Simone Schwarz-Bart, Christiane Taubira, garde les sceaux, au premier rang. Ensemble, beau couple, ils font la « une » de la revue Jazz News de mars. Leur dialogue sera un jour porté au théâtre.

Au New Morning, affluence des grands soirs. Mme Farhi, sa fondatrice à la beauté intacte, veille sur une soirée dont elle sait, que comme trois cents autres, elle fera date. Public plus métissé que d'habitude. Elégances dont le jazz se prive bêtement. Le plus troublant, c'est ce luxe mâtiné de décontraction dont seul est capable Brother Jacques. Exactement comme l'étaient tous ces ténors dont il semble le chaînon retrouvé, Sonny Rollins, Dexter Gordon, Pharoah Sanders, Archie Shepp. Ajoutons-y, pour faire bonne mesure, Coltrane et même Coleman Hawkins. Il y a dans le jeu de Jacques Schwarz-Bart une maturité, une conscience, une lucidité, une joie d'être qui peuvent tout atteindre.

Le 16 janvier vers 6 h 59, dans un TGV en partance pour Lyon, on lui a volé son ténor, les becs, les anches, le son et l'image secrète bien tapie dans l'étui. Un autre se serait fait sauter le caisson ou aurait rejoint sans un mot l'administration. L'administration, Jacques Schwarz-Bart, diplômé de Sciences Po, en vient. Le caisson ? Trop d'énergie vitale en lui, trop d'amour de la vie. Plus un aphorisme : « L'art, c'est la faculté de se relever. » Mme Taubira : « J'admire sa légèreté dans la vie. Au sens où il n'y a pas de pesanteur dans sa démarche. Il explore. »



CHARLES LLOYD QUARTET 

Salle des Fêtes de Schiltigheim / Vendredi 21 Novembre

Concert de clôture du Festival Jazzdor en partenariat avec Schiltigheim Culture


Petite mise en jambes ( vos oreilles et vos yeux ...) avec cette magnifique vidéo (1:02:17) présentée par Oléo Films et Jazz à Porquerolles 2010. Le quartet est certes un peu différent ici ( Jason Moran au piano, Gerald Clayton à Schilig et Reuben Rodgers à la contrebasse remplacé par Joe Sanders), mais il reste ce son, ce souffle, cette musique bouleversante.

Le "rêve éveillé" ?


 

 

 

GRÉGOIRE GENSSE

&

THE VERY BIG EXPERIMENTAL

TOUBIFRI ORCHESTRA

 

 

 

 

 

 

 

Grégoire Gensse et Élodie Pasquier c'était orTie Duo cet été au Musée Lalique. Un des plus beaux concerts de la 12ème édition d'Au Grès du Jazz (à lire la chronique enthousiaste de l'équipe DJAM et à voir les photos du concert)

Où on retrouve cet automne (du 24/09 au 28/12) le même Grégoire Gensse dans la troupe du Cirque Plume à La Villette (Paris). Trompette, chant, piano, accordéon, trombone à piston, percussions corporelles... un talent fou ! Et à la fin de ce spectacle délibérément festif, Grégoire qui  invite le public au concert de THE VERY BIG EXPERIMENTAL TOUBIFRI ORCHESTRA

à l'occasion de la sortie de leur 1er album " Waiting in the toaster " (Studio de l'Ermitage Paris /mardi 18/11 -  21h)

VERY BIG Grégoire Gensse, à suivre absolument !

 






DHAFFER YOUSSEF QUINTET


Cheval Blanc

Dimanche 23 novembre









Impossible de résister à cette musique qui mêle oud, piano, contrebasse, batterie et la voix céleste de Dhafer Youssef. Cet oudiste, vocaliste et compositeur tunisien est issu d’une longue lignée de muezzins. Sa musique se nourri de traditions soufies, de lyrisme arabe, d’influences multiculturelles et d’une instrumentation puisée dans le jazz et l’improvisation. Il transcende les genres avec une voix capable d’amplitudes aiguës et ondulantes, de finesse autant que de déchirements, une voix qui flirte avec la grâce.

« Ivre de notes et de mystique. Renouant aujourd’hui avec ses amours scandinaves, Dhafer Youssef s’éloigne de l’électro-jazz pour aller vers l’épure, parce qu’il « faut apprendre à jouer moins pour raconter plus ». (...) Il s’agit d’un requiem à la fois grave et lumineux, introspectif et aérien. » Télérama


DhaferYoussef : oud et voix
Eivind Aarset : guitares électriques
Kristjan Randalu : piano
Phil Donkin : contrebasse
Ferenc Nemeth : batterie

À LIRE : Portrait Dhaffer Youssef Mondomix



Adam Baldych et Yaron Herman, racines et sonatines


"Sans aucun doute le plus grand violoniste de jazz vivant aujourd'hui. Nous pouvons nous attendre à tout de lui, » c'est ce qu’écrit le journal Frankfurter Allgemeine Zeitung à propos du premier disque d’Adam Bałdych sur le label ACT "Imaginary Room ".

Le jeune polonais fait sensation sur la scène jazz européenne. En Allemagne, il a remporté un ECHO Jazz en 2013, l'équivalent de nos Victoires du jazz. Dans son pays natal, il suit les traces de Leszek Możdżer et gravit les échelons du jazz européen, ou du pianiste finlandais Iiro Rantala, qui apprécie actuellement ses talents, dans son propre trio à cordes. Musikmarkt qualifie Bałdych de « violoniste diaboliquement divin » et le Süddeutsche Zeitung estime qu’il est « l'une des plus grandes découvertes du jazz européen contemporain ».

Le pianiste israélien vivant à Paris Yaron Herman est un autre fer de lance du jazz européen, « l'un des esprits les plus créatifs dans le monde du jazz » selon Kulturnews. Bałdych est tombé sur ce pianiste « qui peut simplement tout jouer – et de manière toujours différente » (Süddeutsche Zeitung) tout à fait par hasard : Siggi Loch, le patron du label ACT, les a mis sur scène ensemble pour la première fois lors du concert « Jazz à the Berlin Philharmonic II » en mars 2013. L’alchimie s’est tout de suite créée. Deux grandes personnalités s’étaient trouvées, et dès lors, ils devaient simplement poursuivre sur ce chemin, un chemin appelé « La nouvelle Tradition »: une expédition qui les conduit hors des sentiers battus. Avec une confiance mutuelle totale, Bałdych et Herman présentent de nouveaux standards dans le jazz contemporain.

Il n’est pas ici question de lutte pour la suprématie, mais au contraire, avec  une grande profondeur d’âme, Bałdych et Herman créent de la musique. Et, ce faisant, ils prouvent qu’il n’est nul besoin de grands ensembles pour créer des moments magiques.


ÉCOUTER L'ÉMISSION

YARON HERMAN / ADAM BALDYCH DUO en concert au Cheval Blanc mercredi 4 février