FÉVRIER 2014


Melanie de Biasio

Ne pas demander à Melanie De Biasio à quoi ressemblera son prochain concert français, prévu le dimanche 23 février, lors de l'édition du festival La Route du Rock à Saint-Malo. Un peu comme chez Vini Divini, son exquise petite cantine napolitaine, nichée dans une ruelle bruxelloise, où la chanteuse et flûtiste belge nous a donné rendez-vous, il faudra se laisser faire et attendre, le jour dit, l'inspiration du chef.

 

 

« Je décide ma “setlist” au dernier moment », explique la fine brune aux cheveux courts et grands yeux ombragés, devant des légumes croquants et un filet de veau. « Je décris aux musiciens les ambiances désirées en évoquant des couleurs, en esquissant une danse. L'émotion du morceau s'actualise dans le présent. »

Ingénieur du son et responsable lumière participent, comme rarement, à cette réécriture live. « L'un peut glisser comme il le sent des effets sur ma voix ou mon instrument, l'autre exprimer sa créativité avec la lumière », dit la jeune trentenaire en accompagnant ses mots de gestes dessinés par ses longues mains de flûtiste.« Dans le noir total, je chanterai autrement que si je suis baignée de rouge ou que si ma voix s'adapte à la danse d'un faisceau. »

Cette faculté d'improvisation, la technique des instrumentistes autant que leurs racines musicales feront qualifier de « jazz » ces performances et le répertoire de la vocaliste italo-belge.

Les spectateurs de La Route du Rock, venus du 21 au 23 février, écouter un florilège de l'avant-garde pop (Breton, The Warlocks, Cate Le Bon, Thee Silver Mt. Zion…), ne devraient pas avoir pour autant l'impression de plonger avec elle dans un poussiéreux caveau germanopratin.

Sur scène (à visionnersur Fipradio.fr, le magnifique live récemment enregistré à FIP) et dans son deuxième album, l'impressionnant No Deal, publié en France en octobre 2013, Melanie De Biasio habite ses thèmes autrement qu'en simple élégante bluesy.

Adepte de vibrations à vif, mais sous contrôle d'une exigeante sobriété, sa langueur fiévreuse peut se tendre de froideur et se parer, au milieu d'un silencieux vertige, de nappes synthétiques et de percussions rectilignes. Alors que semblaient s'imposer des références jazz obligées – Nina Simone, Abbey Lincoln, Betty Carter… –, se glisse ainsi l'écho lointain d'expériences rock et pop à l'intensité suspendue : Portishead, Jeff Buckley, Talk Talk, Pink Floyd ou le Robert Wyatt de Sea Song.

Des sensations qui trahissent sans doute un parcours et des origines. Sa ville natale de Charleroi n'évoque-t-elle pas les cités jadis sinistrées du nord de l'Angleterre, aussi enrichies de sons rock, trip hop ou electro que ruinées par les crises ? L'écroulement de la sidérurgie, des mines et de l'industrie verrière a laissé Charleroi entourée d'usines désaffectées.

Les deux grands-pères de Melanie – l'un autochtone, l'autre débarqué du Frioul avec presque tout son village – avaient toute leur vie travaillé l'acier dans celle de Cockerill. Réhabilité en Rockerill, centre pour artistes contemporains underground, ce lieu industriel a accueilli en résidence et pour des concerts la petite-fille De Biasio. « Mes grands-parents y ont travaillé leur “pâte”, j'y travaille désormais la mienne », insiste la Carolo (habitante de Charleroi), aujourd'hui bruxelloise. « C'est un héritage lourd de sens, j'ai l'impression de leur rendre hommage. Le lieu est resté rude, mais cette rugosité est inspirante. »

La grand-mère paternelle la berçait de grands airs d'opéra et de chansons populaires italiennes. Le grand-père maternel arrondissait son salaire d'ouvrier, en musicien de bal. Dans son garage dormait une réserve magique d'instruments, qui faisait rêver Melanie et Catherine, sa sœur jumelle.

« L'ESPACE DE CRÉATION QUE CONSTITUAIT L'IMPROVISATION »

Elle a commencé, à 3 ans, par la danse, avant d'étudier, à partir de 8 ans, solfège, chant et flûte au conservatoire. Imprégnée aussi de la discothèque de ses parents, elle a joué dans des groupes de rock, avant que le sérieux d'études de musique l'oblige à choisir entre le classique et le jazz. « Je me retrouvais dans les racines blues du jazz et dans l'espace de création que constituait l'improvisation », précise celle qui préférait tout de même décorer les standards de notes de flûte plutôt que des onomatopées du scat.

En 2007, un premier album, A Stomach Is Burning, à la pochette très « Blue Note vintage », s'ancrait dans une tradition transmise par cette scolarité. « Il fallait que je m'éloigne de ces clichés, que j'affirme des choix moins étiquetés. » Une expérience de vie l'a, semble-t-il, aidée à cela. Impliquée dans un programme de réinsertion sociale, la gracieuse jazz woman a donné des cours de chant et d'éveil corporel en prison. « Cette confrontation et ce partage m'ont transformée, assure Melanie De Biasio. J'y ai gagné en authenticité et en indépendance. »

Entourée de Dré Pallemaerts à la batterie, Pascal Paulus aux claviers et Pascal Mohy au piano, la chanteuse a autoproduit en trois jours l'enregistrement de No Deal, album à la concision culottée (33 minutes), dont la sombre apesanteur a trouvé un public au-delà des chapelles et communautés. Disque d'or en Belgique, il s'est autant vendu en Flandre qu'en Wallonie.


No Deal, de Melanie De Biasio, 1 CD PIAS.

 

Jacques Schwarz-Bart

 

 

 

 

 

 

 

 

Le projet jazz-racine a germé en moi depuis mon enfance. Ma mère écoutait Ti Roro et Martha Jean Claude. Elle connaissait les paroles en créole haïtien.

J'ai donc été initié à la musique racine en même temps qu'au gwoka guadeloupéen. Mais ce n'est qu'après avoir enregistré mes deux disques de gwoka-jazz, "Sone Ka la" et "Abyss", que mes amis haïtiens ont vraiment attisé mon désir, en me demandant régulièrement quand j'allais me pencher sur la musique racine pour l'intégrer dans ma conception du jazz moderne.

Ces discussions m'ont aussi fait réaliser qu'aucun travail de la sorte n’avait encore été réalisé... plonger dans le monde vaudou.

 

Jacques Schwarz-Bart

 

 

 

 

 


Duo Michel Portal / Vincent Peirani

Le duo Portal / Peirani est annoncé au Festival de Jazz de La Petite Pierre cet été (Août 2014).

Un avant-goût de cet évènement très prometteur avec une vidéo (extrait de leur concert à l'Europa Jazz Festival le 31/03/12) et le podcast de l'émission  Jazz Club par Ivan Amar sur France Musique (concert enregistré le 24/01/14 à la Dynamo de Banlieues Bleues à Pantin).


 

 

 

Tord Gustavsen Quartet

 

 Extended circle

 

 

ERUDIT DOUDAM / André Manoukian

Ce que le jazz européen, né dans les années 70 autour du label allemand ECM, amène à son grand frère américain, c’est le calme..

Les accords abandonnent leurs tensions pour revenir à l’état fondamental, 3 notes seulement quand tous les étudiants pianistes de la Berklee school veulent poser chacun de leurs 10 doigts sur une note différente.

Le tempo est étiré, les enchainements sortent des cadences des standards pour revenir à des suites médiévales de quintes et de quartes, jouant l’austérité protestante contre les débordements passionnels du hard bop.

Les pochettes sont des photos de paysages, sans hommes, brumeux ou aquatiques, des aquarelles abstraites où la lumière prime sur la forme, où "climat" est le maitre mot.

Une photo du temps, un son atmosphérique, la volonté de capter le spirituel et de le fixer dans des sons monochromes qui invitent à la méditation...

Le batteur fait le minimum, marquant une pulse binaire sur un tapis de balais frottés sur la peau de sa caisse claire. Tord Gustavsen cisèle avec douceur et volupté des mélodies dépouillées qui sonnent comme des comptines. Puis il égrène des accords bibliques et solennels, un sur chaque mesure, pas plus, sur lesquels son contrebassiste improvise.

De l’épure vient le style. Abandonnés, les effets, les fioritures, c’est un véritable yoga du piano qui s’élabore sous nos oreilles ravies. La sérénité s’est emparée de cette musique de fête née dans les bordels de la nouvelle Orléans.

Il semble que le jazz européen ait choisi Apollon contre Dionysos.

 

Par la grâce du jazz, le musicien occidental a retrouvé la liberté de s’exprimer avec son instrument, de l’interroger, d’en faire à nouveau le véhicule d’une langue vivante plutôt qu’une machine à déchiffrer des partitions.

Chacun s’est remis à raconter des histoires. Tord Gustavsen nous raconte délicatement la sienne…

Sa musique provoque des qualités si subtiles de sentiments qu’il faudrait d’autres notes pour les exprimer.