Novembre 2013


Renaud GARCIA-FONS

 

Le nouvel album de Renaud Garcia-Fons est une vraie fête, musicale et personnelle, celle de ses 20 ans de carrière. « Beyond the double bass », sort chez Enja.

À retrouver également par ce lien la présentation vidéo du CD/DVD   " Solo, The Marcevol Concert " enregistré en public au prieuré de Marcevol dans les Pyrénées-Orientales.


Concert anniversaire Didier Lockwood au Théâtre du Châtelet

Maître averti et violoniste vertueux, Didier Lockwood a marqué la scène du jazz contemporain. Agé de 17 ans, l’illustre violoniste rejoint le cultissime groupe Magma, et apprend de Stéphane Grappelli. Son parcours, riche et exemplaire, est chargé d’un florilège d’albums et de récompenses. L’événement célèbre les 40 années d’une carrière remarquable, au Théatre du Chatelet. Un rendez-vous que Didier Lockwood a souhaité partager avec de nombreux musiciens, invités à le rejoindre sur scène : Patricia Petibon, Suzanne Manoff, Fiona Monbet, Vadim Repin, Biréli Lagrène, Thomas Dutronc, Francis Lockwood, Diego Imbert, Benoît Sourisse, André Charlier, Christian Vander, Jannick Top, Benoît Widemann.

 

 


OMER KLEIN, énième merveille de la scène jazz israélienne. Ligne mélodique puissante et superbe trio en première partie d'Avishai Cohen aux NJP le 17 octobre dernier.

 


Ahmad Jamal, l'Apollon-Soleil du Théâtre de l'Odéon

 

FRANCIS MARMANDE / 08.11.2013

 

 

L'Enchanteur Ahmad, en concert au Théatre de l'Odéon. Annoncé deux soirs, le quartet d'Ahmad Jamal s'y installe trois fois (jusqu'au 9 novembre). Trop de demandes, trop de vérité. Jamais le compositeur de « grande musique indienne-américaine » né à Pittsburgh, Pennsylvanie, le 2 juillet 1930, n'aura été si fêté par un public qui l'attend, plus un autre qui le découvre. Jamais le plafond de l'Odéon que l'on doit, depuis 1965, à André Masson, n'aura si effectivement tourné sur son axe : Apollon-Soleil lançant dans son manège les grandes figures de la comédie et du tragique.

 

Sur scène, navette spatiale en lévitation, le quartet bien serré autour du pianiste. Sans compter les immenses ombres tutélaires de Pittsburgh (Art Blakey, Paul Chambers, Ray Brown, Kenny Clarke, Erroll Garner, Mary Lou Williams, mille autres, excusez du peu) auxquels il pense. Lui, Ahmad Jamal, 83 ans, rayonnant, impeccable en complet gris clair à col court, chemise blanche, toucher sidérant, il guide chacun au doigt, au sourire et à l'œil. Apollon-Soleil imperturbable sous sa discrète barbe de neige.

M. Ahmad Jamal ne parle jamais de « jazz ». Moins par fétichisme lexical que par chance, cet accident de la science. A chacun, sa juste place de farandole qu'il désigne : Reginald Veal, le bassiste de quarante ans son cadet ; Herlin Riley, le batteur au poignet droit souple comme un velours, la main abandonnée, acier dans un gant d'acier. Côté jardin, le Gargantua tout gosse des percussions, impeccable ou facétieux, déclenchant rires comme rythmes, Manolo Badrena. L'ensemble tourne sans autre leader que l'injonction secrète du Maître. En décibels comme en tempos, ça roule, ça se tend, ça culmine, vibre, soudain retombe sur des sables de voluptés.

 

AU PREMIER RANG, M. ARCHIE SHEPP

 

Le répertoire vient de l'album Saturday Morning (Jazz Village/Harmonia Mundi), enregistré dans les studios de La Buissonne. Album déjà présenté en avant-première à Marciac le 3 août (Le Monde du 4 août), guetté, lui, par la perfection. Vive la scène ! La grande musique indienne-américaine se voit à oreille nue. Compositions très neuves, standards du Maître, hommages à Nat Cole ou Duke Ellington, mille citations, fugitive évocation de Jean-Pierre au passage (Miles Davis), comme un battement d'aile vers celui qui le tenait pour son pianiste préféré. Olé !

Au premier rang, M. Archie Shepp en personne. Il n'est pas rare que Mme Taubira, Garde des Sceaux de la République, assiste à des concerts de musique afro-américaine dont elle connaît vraiment les ressorts. Qu'elle accoure ! Les deux derniers concerts seront la meilleure réponse – joyeuse, éclatante – à la honte qu'elle vient de subir et qui nous tue. La musique sait toujours répondre à la saleté. Quand on vient de Pittsburgh, Pennsylvanie, on a payé pour le savoir.